De plus en plus d’acheteurs publics sont confrontés à des procédures qui n’aboutissent pas : absence d’offres, candidatures inadaptées, propositions trop coûteuses ou encore contraintes techniques trop fortes. Dans ce contexte, le marché public infructueux ne doit pas être perçu comme une impasse, mais comme une situation prévue par les textes et pouvant être gérée de manière rigoureuse.
Pour les services marchés, les juristes et les prescripteurs techniques, l’essentiel consiste à réagir rapidement, à sécuriser la décision et à identifier les solutions les plus pertinentes pour relancer la procédure dans de meilleures conditions. Voici les principaux réflexes à adopter.
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Marchés publics: de quoi parle-t-on exactement ?
Marché public infructueux correspond à une procédure qui n’a pas permis d’aboutir à l’attribution d’un contrat. Cela peut se produire lorsqu’aucune offre n’a été remise, ou lorsque toutes les offres reçues sont considérées comme irrégulières, inappropriées ou inacceptables.
Cette notion doit être distinguée de la procédure déclarée sans suite. Dans le cas d’une infructuosité, la consultation est allée à son terme, mais aucune offre ne permet de conclure le marché dans des conditions satisfaisantes. À l’inverse, la déclaration sans suite résulte d’un choix de l’acheteur, par exemple en raison d’une évolution du besoin ou d’un changement budgétaire.
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Dans tous les cas, la décision doit être motivée, formalisée et portée à la connaissance des candidats. Cette étape est essentielle pour garantir la transparence de la procédure et limiter les risques de contestation.
Étape 1 : analyser les causes avant de relancer
Avant toute nouvelle démarche, il est indispensable d’identifier les causes de l’infructuosité. Cette analyse doit d’abord porter sur le besoin lui-même. Un cahier des charges trop rigide, des exigences techniques disproportionnées, un allotissement inadapté ou des délais d’exécution trop serrés peuvent décourager les opérateurs économiques.
Il faut également s’interroger sur les conditions de mise en concurrence. La publicité a-t-elle été suffisante ? Le calendrier retenu était-il favorable ? Le marché était-il présenté de façon lisible et attractive pour les entreprises susceptibles d’y répondre ? Dans certains secteurs, des périodes de surcharge ou de tension sur les approvisionnements peuvent expliquer l’absence d’offres.
Enfin, les retours des entreprises constituent une source d’information précieuse. Les questions posées pendant la consultation, les demandes de précisions ou les retours informels permettent souvent de repérer des freins concrets. Cette phase d’analyse est déterminante pour éviter de relancer une procédure identique avec les mêmes effets.
Étape 2 : choisir la bonne suite de procédure
Une fois les causes identifiées, plusieurs options peuvent être envisagées. La première consiste à relancer la consultation en corrigeant le DCE. Il peut s’agir d’assouplir certaines prescriptions techniques, de revoir les critères d’analyse, de modifier le découpage en lots ou encore d’adapter les délais afin de rendre le marché plus accessible.
La deuxième option consiste à changer de cadre procédural lorsque cela est juridiquement possible. Selon la nature du besoin et les circonstances, une procédure avec négociation, un dialogue plus approfondi avec les opérateurs ou le recours à un accord-cadre peuvent offrir une meilleure souplesse.
Enfin, il existe, dans certains cas strictement encadrés, la possibilité de recourir à une procédure sans publicité ni mise en concurrence après une première procédure infructueuse. Cette solution doit rester maniée avec précaution. Elle suppose une lecture rigoureuse des conditions légales et une justification solide de la stratégie retenue.
Étape 3 : sécuriser juridiquement la décision
La gestion d’un marché public infructueux ne se limite pas à un traitement opérationnel. Elle implique aussi une véritable sécurisation juridique. La décision d’infructuosité doit être formalisée dans un document interne, par exemple une note ou un rapport de présentation, permettant de retracer les motifs retenus et les suites envisagées.
Les candidats doivent ensuite être informés rapidement, avec un niveau de motivation suffisant. Cette information contribue à entretenir une relation de confiance avec les opérateurs économiques et peut favoriser leur participation à une future consultation.
Il est également recommandé de conserver la trace de l’analyse ayant conduit à la nouvelle stratégie d’achat. En cas de recours, cette documentation permet de démontrer la cohérence de la décision, la réalité des difficultés rencontrées et le respect des principes fondamentaux de la commande publique.
Comment rebondir : transformer l’infructuosité en opportunité
Une procédure infructueuse peut devenir un moment utile pour améliorer la qualité de l’achat. Elle offre l’occasion de retravailler le besoin avec les services concernés, de hiérarchiser les attentes et de distinguer ce qui relève de l’exigence indispensable de ce qui peut être ajusté.
Elle peut aussi être l’occasion de renforcer la connaissance du marché grâce au sourcing, aux échanges préalables ou à des demandes d’information. Ces démarches permettent de mieux comprendre les contraintes des entreprises et d’adapter la consultation en conséquence.
Par exemple, un marché initialement infructueux peut donner lieu à une nouvelle consultation avec un allotissement plus pertinent, des délais mieux calibrés et des exigences administratives simplifiées. Le résultat peut alors être sensiblement différent, avec davantage d’offres recevables et une concurrence plus effective.
Limiter les marchés infructueux à l’avenir
Pour réduire le risque d’infructuosité, plusieurs bonnes pratiques peuvent être intégrées en amont. Une meilleure étude de marché, un dialogue plus structuré avec les opérateurs économiques et des tests de faisabilité sur certains aspects techniques permettent de concevoir des consultations plus réalistes.
Il est aussi utile de capitaliser sur les expériences passées. La rédaction d’une courte fiche de retour d’expérience après chaque procédure infructueuse permet d’identifier les causes récurrentes et d’alimenter les pratiques internes.
Enfin, la montée en compétence des équipes reste un levier essentiel. Former les acheteurs, les juristes et les prescripteurs aux mécanismes de la commande publique, à la rédaction du DCE et aux options ouvertes après une infructuosité permet de sécuriser les procédures et d’améliorer durablement leur efficacité.

